Le Mont Aiguille constitue sans conteste une étape dans notre
prise de conscience de ce que certains sommets, dont on n'osait même
pas rêver dans notre prime jeunesse, sont désormais très
largement à notre portée. La photo, dans le "guide
des grands sommets", d'un merdeux en baskets pendu tout sourire
au grand câble médian, titillera notre amour propre…
Les grands alpinistes que nous sommes se doivent de relever le défi
! Mais quand même, le MONT AIGUILLE ...
Thierry
n'est parti que pour une reconnaissance. Moi, pour le sommet. Mais
ne le crions pas sur les toîts… Les premières cheminées
aux prises évidentes me confortent dans cette idée.
Puis les relais, monstrueusement équipés. Puis le câble,
superflu, avant d'atteindre la brèche sous la vierge. C'est
là qu'a été prise la photo du gamin en question.
Effectivement, bien peu de difficultés à ce niveau.
A peine un peu d'exposition... Après la brèche, on retrouve
quasiment un terrain "randonnée". Qui l'eût
cru. Une bonne trace serpentant dans des vires faciles… On ne
se croirait pas en pleine face. Comme toujours, l'insurmontable de
loin, parait bien anodin, de près. Le final seul, se redresse
un peu dans une grande cheminée, raide mais peu exposée.
Au-delà, nous débouchons, incrédules, sur le
plateau sommital, petit bout de prairie suspendu en plein ciel. Le
Mont Aiguille est tombé ! Presque trop facilement... Pas si
inaccessibilis que ça, ce mons, finalement… Nous réprimons
avec peine une folle envie de courir et de nous rouler dans l'herbe,
comme deux gosses. Pour un peu, on se roulerait des patins...
Une seule grosse erreur cependant, pour noircir un peu le tableau
: la descente par la voie de montée. L'on croise alors les
multiples (et lentes !) cordées montantes que nous nous réjouissions
d'avoir semées. En équilibre sur un gratton, dans la
cheminée finale, j'enrage intérieurement de ne pas avoir
emporter la 80 m qui nous aurait permis de rentrer par les Tubulaires,
qui était pourtant la voie de descente conseillée. Les
caravanes d'escargots se succèdent, nous condamnant à
l'immobilisme, de peur de les bombarder. La crampe me guette. Bon
dieu qu'ils sont lents ! …