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COL DES ECRINS - 3367 m

28/05/2005

Retour sur "Liste Ecrins"
(seul)

 

Dôme et Clocher

Sous le col

Agneaux, Gde Sagne
Pointe Xavier Blanc
Sous la Barre
Col des Ecrins
Col des Ecrins

Comparaison 96-05 :

Barre

Col des Ecrins

 

La mort aux trousses

          De retour au col des Ecrins, neuf ans après un premier passage en solitaire (cf. Pointe Louise) qui m'avait laissé de grands souvenirs de pente raide.

           Nous sommes quatre cette fois-ci à galérer côte à côte dans la neige béton. L'exposition est maximale. Les pointes avant s'emploient frénétiquement à assurer de bien maigres appuis. Dans le final rocheux, le câble a été changé. L'itinéraire y a gagné en verticalité, dans sa première partie du moins. Je négocie tant bien que mal cette dernière difficulté en compagnie de l'autre solitaire de la bande, un jeune skieur qui maîtrise bien son sujet. Alors que nos deux poursuivants peinent à l'attaque du rocher, nous débouchons ensemble au col où nos chemins se séparent déjà. Je tire à gauche en direction de la Pointe Xavier Blanc, objectif de la journée. De son côté, après avoir attendu ses congénères, il chausse les skis et poursuit sur le Dôme.

           Mon incartade sur le glacier Blanc est de courte durée. Comme il fallait s'y attendre, la soupe est au rendez-vous. Je pense à mes raquettes qui ricanent dans la voiture. Bien décidé à en finir rapidement avec l'horrible descente qui s'annonce, j'entame prestement le retour. D'abord dans le rocher où mes pointes, chaussées par anticipation, hurlent de douleur. Puis dans l'interminable pente neigeuse, toujours aussi béton, où j'apprécie mon deuxième piolet. Alors que mes forces (et mon moral) commencent à défaillir sensiblement, je sors des difficultés avec un indiscible soulagement.

          Déjà, mon jeune collègue pointe le bout de son nez dans la fenêtre du col. De retour sur la moraine, je me retourne fréquemment pour suivre sa progression. Il hésite, atermoie, entame pleine pente, remonte, rejoint le rocher en travers... Il en bave autant que moi, ça me rassure. Après quelques mètres, un bruit de chutes de pierres me fait me retourner à nouveau. Je tente en vain d'en localiser la source. Plus de trace de mon poursuivant. Il a dû se faire une frayeur et s'arrêter sur un bloc. A moins que... Je me retourne de plus en plus souvent, scrutant chaque mètre de pente, dans l'espoir de repérer un mouvement, un reflet... L'inquiétude augmente. Au fil des secondes puis des minutes, l'hypothèse de la chute gagne du terrain. Je décide de descendre à toute allure pour alerter les secours, au cas où. Mes sacro-saints principes d'autonomie et d'engagement, me faisant fuir les portables comme le Grand Satan, sont tout à coup battus en brèche. A la moitié du vallon, le vrombissement de l'hélico vient confirmer mes craintes. Après m'avoir survolé, il file vers le col. Cette fois, plus de doute possible, un malheur est arrivé. Le groupe de deux qui suivait a dû donner l'alerte.

          J'arrive à la Bérarde quasimment avec l'hélicoptère. Je le suis du regard jusqu'à la drop zone, au bout du parking. Les trois sauveteurs sortent un corps sur une civière pour lui prodiguer les premiers soins, à l'ombre d'un arbre. Je termine la descente à fond la caisse et cours à la DZ. Immédiatement, mon regard est attiré par les chaussures de rando orange que j'avais à hauteur du visage, il y a quelques heures à peine. Plus de doute possible sur l'identité du blessé dont on me confirme la provenance. Son état à l'air des plus préoccupants. Deux hommes à terre s'activent auprès de lui, le troisième, debout, tient la perfusion. Je ne les dérange pas plus longtemps et cherche le moyen de me rendre utile. Dans l'immédiat, je dois retrouver son compagnon, qui, contrairement à nous, a eu la sagesse de rebrousser chemin au début des difficultés. Il doit être prévenu. Je fais le tour de la Bérarde pour le dénicher. Enfin, sur le parking à l'entrée du village, voilà la même paire de chaussures orange près d'une voiture. Je cherche en vain les mots justes. Qu'importe, le message est passé. Il file vers la drop zone.

           Quelques minutes plus tard, l'hélico reprend son vol, direction Grenoble. Le compagnon du blessé m'apprend peu de choses, les sauveteurs n'ont pas été très bavards. Il faudra attendre les radios. Visiblement choqué, l'oeil hagard, il reprend la route en direction de la vallée. Je le regarde s'éloigner, alors que les vieux démons ressurgissent. Xavier, Fred...

          Que restera-t-il de cette sortie aux Ecrins ? Cette solidarité qui nous a tous réunis au plus fort des difficultés, le grand soulagement ressenti au bas de la pente, qui se double maintenant d'un étrange sentiment de culpabilité, une paire de chaussures orange... et un visage en sang, sous un masque à oxygène.

Départ
Alt
Arrivée
Alt
Déniv.
28 mai 2005
La Bérarde
1713
Col des Ecrins
3367
1734

 

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