La Meije… Le refuge de l'Aigle…La vire Amieux… Autant
de noms chargés d'histoire qui ont de tous temps alimenté
l'imaginaire de générations d'alpinistes débutants.
A commencer par nous, pauvres vermiceaux, qui osions aujourd'hui nous
aventurer en ces lieux mythiques. Une simple nuit à l'Aigle
sera déjà pour nous une récompense inestimable…
Dès
le départ, les nombreux lacets permettent une progression régulière
sans trop de fatigue. Nous atteignons la vire Amieux, facile, qui
s'avère bien pratique pour rejoindre le haut du glacier du
Tabuchet. Encore quelques grosses crevasses à contourner et
voilà l'Aigle, perché en équilibre sur l'arête
qui nous sépare du splendide glacier de l'Homme. Ce soir, nous
sommes soixante pour une capacité de quarante places. La Marie
va devoir serrer les rangs, elle en a l'habitude. On dort sur la tranche,
en essayant d'éviter les coups de pieds, de bras et les relents
d'haleines fétides. Tant que le gros barbu ne me passe pas
des mains…
Le lendemain,
nous sommes les premiers à démarrer, comme d'habitude.
Une méga-trace nous mène à la rimaye et à
la petite pente raide qui lui fait suite. Jouissif… Nous prenons
pied sur l'arête, où nous rencontrons le soleil. Magique…
Un petit passage rocheux puis une courte pente de neige, terminée
par un petit raidillon en glace, nous amènent trop vite au
sommet. Et là, les qualificatifs manquent. Le regard est absorbé,
aimanté, par l'élégante silhouette du Doigt de
Dieu. Hypnotisés, nous profitons de longues minutes de contemplation
extatique avant l'arrivée de l'avant garde de la meute. Une
émotion rare, gravée aux fers rouges dans nos petites
cervelles d'oiseaux…