L'été indien se poursuit. Après Neige Cordier
et le Coolidge, pourquoi pas un dernier coup d'éclat au Pelvoux
?
La montée dans les mélèzes orangés, en
cette fin d'après-midi, est d'une rare beauté. Je suis
poursuivi par l'obscurité qui me talonne et avale tous les
lacets du sentier les uns après les autres. J'arrive au refuge
avec les derniers rayons du soleil. Je m'autorise un rapide casse-croûte,
en tête à tête avec une bougie, dans un silence
assourdissant. Dehors, il fait déjà nuit noire. Je tente
une sortie digestive et mictionnelle. Mais là, hors du halo
tremblotant de ma frontale, je sens une présence dans l'obscurité.
Toute proche. Qui m'observe… Ça bouge. Ça souffle.
Le reflet d'un oeil... A deux doigts de l'apoplexie, je réalise
soudain n'avoir affaire qu'à un groupe de chamois facétieux,
aussi intrigués que moi de trouver âme qui vive en ce
haut lieu voué pour quelques mois à la désolation.
Je me barricade dans le refuge, mets en place les pièges à
loups, actionne les alarmes, me réfugie dans le dortoir et
m'enfouis sous une bonne dizaine de couverture en suçant mon
pouce. La nuit s'annonce longue...
Au petit
matin, les fantômes ont disparu. Comme entrée en matière,
le passage du ravin du Clot de l'Homme, balayé par les chutes
de pierres et de séracs, n'est pas très rassurant. Je
traverse au pas de course, précédant de peu un bloc
de bonne taille, hurlant dans de sombres abîmes sa frustration
d'avoir raté une cible si évidente. Après la
bosse de Sialouze, j'aborde le couloir Coolidge, moins raide que prévu,
qui débute par une petit rimaye aux trois-quarts bouchée.
Et le plateau sommital est déjà là, menant sans
encombre à la Pointe Puiseux, point culminant. Contemplation…
Mais quel est cet insecte vrombissant qui vient troubler cet instant
de jouissance extatique ? L'hélico du pghm… Nous nous
observons, étonnés. "Non, messieurs, je n'ai besoin
de rien… à part d'un peu de calme."
La traversée par le glacier des Violettes me tend les bras.
Au prix d'un gros effort de volonté, je résiste aux
chants des sirènes et m'en retourne - crime de lèse
majesté - par la voie de montée. Pour cette traversée,
si réputée, il faudrait revenir à deux, et un
peu plus tôt en saison, de préférence… Mais
quand même, la solitude, ça a du bon…