Plus que les autres massifs, de moindre superficie, les Ecrins recèlent
de multiples vallons et vallées, fort heureusement méconnus
pour la plupart du grand public, rebuté par les longs trajets
en voiture et les interminables marches d'approche. Moins fréquenté
que le prestigieux Oisans, berceau de la reine Meije, ou la Vallouise,
menant les foules au Dôme des Ecrins, le Sud du massif est particulièrement
fourni en petits coins de paradis, fréquentés par les
seuls, rares, initiés, ne craignant pas, et parfois même
recherchant, la solitude et ces efforts qu'on dit gratuits. Valjouffrey,
Valsenestre, Valbonnais, Champsaur, Champoléon et bien d'autres
dont l'incontournable Valgaudemar, sauvage et intemporel, peuvent
ainsi être le théâtre de courses grandioses où
bien peu de bipèdes laisseront leur traces.
C'est de ce superbe vallon du Valgaudemar que nous partons de nouveau,
en ce début de printemps. Après une montée raide
et rapide, nous rejoignons le petit refuge de l'Olan, désert,
ce qui n'est pas pour nous déplaire. Nous passons la fin de
l'après-midi à lézarder sur le toit du refuge,
profitant de la belle vue dégagée sur le sud du massif.
Le lendemain, l'ascension est sans histoire,
hormis une petite traversée exposée mais en neige profonde
sous le col du Bâton et une dernière pente raide en neige
dure, bêtement négociée sans crampons, où
Fred se fera des frayeurs. Nous débouchons sur l'arête
neigeuse bordée des gigantesques corniches qui nous étaient
annoncées dans tous les topos. Nous ne sommes pas déçus
du voyage. Un dernière portion rocheuse facile et c'est le
sommet. L'Olan, majestueux, nous nargue, à portée de
main. Ça fait un certain temps qu'il me trotte dans la tête
celui-là. Un jour peut-être passera-t-il du domaine du
rêve à celui du souvenir. Ou peut-être pas... Tous
les rêves n'étant pas faits pour se réaliser.