Avec
les Ecrins, la Haute Maurienne a été, durant de longues
années, notre terrain de jeu favori. La comparaison s'arrêtant
là puisque, de bien moindre superficie, elle ne peut rivaliser
avec la variété de sommets et vallons proposée
par les Ecrins. Elle fut donc rapidement "écumée"
et à l'heure actuelle la plupart des grands sommets frontaliers
ont reçu notre visite. Levannas (Occidentale, Centrale et Orientale),
Petite et Grande Ciamarella, Albaron, Charbonnel, Ouille d'Arbéron,
Grande Aiguille Rousse, Pointes de Ronce et du Lamet, Rochemelon,
Mont d'Ambin, Aiguille de Scolette et quelques autres sont déjà
passés à la moulinette. Mais cette Haute-Maurienne n'a
pas dit son dernier mot et recèle encore quelques petits trésors,
pour peu que l'on s'écarte un tantinet des voies normales...
Cette ascension de la Bessanese s'inscrit dans la période bénie
où certains grands sommets restaient encore à découvrir.
Elle complète un mois d'exception qui vit se succéder
Grande Glière, Aiguille Centrale d'Arves et Plaret. Allait-elle
être à la hauteur de ces trois grandes réussites
?
Après
avoir discrètement garé la voiture à Avérole
(Chut, il ne faut pas le répéter. C'est interdit !),
nous voilà donc partis à l'assaut de ce gros tas de
cailloux. Dès le refuge, on attaque les choses sérieuses…
et désagréables : une longue et rébarbative montée
herbeuse, en écharpe, dont on est heureux de sortir pour attaquer
le grand pierrier qui suit. Un soulagement de bien courte durée
puisque ce pierrier s'avère encore plus pénible, chaque
bloc sans exception, du plus petit au plus gros, rivalisant de fourberie
pour nous déséquilibrer. La fracture du tibia menace
à chaque pas. C'est après plus d'un hurlement, de douleur
ou de rage, que cette monstrueuse combe Sud se termine enfin. Comme
par enchantement, le final aérien, en bon rocher, nous fait
rapidement oublier toutes les horreurs passées. En suivant
les marques de peinture, nous débouchons sur l'aérienne
arête Sud, qui nous conduit à une jolie petite dalle
puis rapidement à la Pointe Tonini, surmontée d'une
vierge stoïque. Le point culminant, la Pointe Baretti, s'atteint
ensuite par les vires caillouteuses du versant O. Dans la continuité
de l'arête, la Pointe Rey, toute proche en contrebas, complète
la trilogie. Ce sera pour une autre fois. A l'occasion d'une traversée
N-S, pourquoi pas...
La descente
s'avèrera aussi pénible que la montée, notamment
la traversée de l'immonde pierrier. Néanmoins - magie
de la montagne - cette Bessanèse reste un bon souvenir avec
quelques années de recul. Une petite vierge, quelques pas de
bon rocher et un beau panorama ont donc suffi à effacer les
heures de galère de la marche d'approche. Bénie soit
la mémoire sélective ! Finalement, on y retournerait
presque…