Un grand printemps que ce printemps 95. Pas moins de 8 sorties à
plus de 3500m entre le 1er mai et le 15 juin, dont quelques belles
réussites comme cette Petite Ciam' ou encore le col du Pavé.
L'été et l'automne qui suivront seront de la même
veine, avec nos premiers pas dans le Valais et de grands enchaînements
en solitaire dans les Ecrins.
Mais
pour l'heure, partis pour je ne sais quelle grande boucle écrinesque,
un ennui mécanique au barrage du Chambon nous contraint à
revoir notre agenda de la semaine. La Haute Maurienne, valeur sûre,
nous offre encore heureusement de belles solutions de rechange.
Nous
montons au refuge des Evettes dans la matinée, pour profiter
d'une neige encore dure, surprenant la gardienne en pleine séance
bronzette. Nous passons ensuite tout l'après-midi à
nous extasier sur le beau cirque glaciaire des Evettes. Mais ça
cogne dur. Aux abris !
Le lendemain,
la grande majorité des cordées partent pour l'Albaron.
Très peu de candidats pour la Petite Ciam', auxquels nous ouvrirons
d'ailleurs la voie. Et deux seulement, partis avant tout le monde,
pour la face N de la Grande, objectif autrement plus ambitieux. Après
la longue traversée du Plan des Evettes, la montée,
en neige profonde à souhait, ne pose aucun problème.
Un petit pas de rocher facile permet de surmonter le ressaut sommital
sur lequel nous attend une petite croix métallique. La Grande
Ciam' nous écrase de toute sa masse et nargue les petits insectes
sans ambition que nous sommes. Combien d'années encore avant
d'oser tenter sa face N ? De l'autre côté, la vue s'égare,
au delà des proches Albaron et Charbonnel, sur les plus lointains
sommets, des Ecrins au Grand Paradis, en passant par les Aiguilles
d'Arves, la Vanoise, le Mont Blanc...
De retour à Bonneval, nous repartons pour la petite route des
Grattais, point de départ de la montée à Vallonbrun.
Nous refaisons les sacs et renfilons les grolles, encore humides.
Courage mes petites, le poële à bois du refuge vous attend.
Demain, nous échouerons au Grand
Roc Noir, à quelques mètres du sommet, dans les
piles d'assiettes pourries du bastion rocheux final. Ça devait
pourtant passer quelque part. PD qu'ils disaient... Approche monotone,
final pourri. Seuls la Pierre aux Pieds et les myriades de chamois
rattraperont la journée. Frustrant.