La Grande Lui par l'A Neuve, quelle drôle d'idée ? Et
pourquoi pas ! Contrairement au versant Saleina, où se déroule
la voie normale, le versant A Neuve, peu crevassé, permettait
une montée en solitaire et surtout de jouir (le mot n'est pas
trop fort) de la présence dominatrice du Dolent et de sa splendide
arête Gallet. Sans compter sa voisine, l'Aiguille de l'Amône,
qui dans le genre, n'est pas mal non plus.
Cette
année devait être la bonne, après un voyage pour
rien, l'année précédente où j'étais
arrivé à l'A Neuve sous la pluie ( saloperie de météo,
tout ce trajet pour rien !), pour me rabattre finalement sur le secteur
d'Emosson (avec pour objectifs successifs le Buet, puis le Cheval
Blanc puis, en fin de compte, la simple Pointe de la Terrasse et son
splendide pylône EDF, crépitant sous les flocons). J'arrivai
de nouveau à pied d'œuvre, sous les étoiles cette
fois-ci, après m'être fait courser par la douane volante
suisse, façon Starsky et Hutch, dans la descente du col de
la Forclaz.
Après
avoir franchi la grande coulée qui encombre le fond du vallon,
je monte rapidement dans la large combe, orientée E puis N.
Au-delà de la petite cabane de l'A Neuve, perchée à
droite sur un promontoire rocheux, j'aborde le glacier en contournant
par le Nord une zone crevassée. Je débouche dans une
cuvette bordée de plusieurs pointes. D'en dessous, impossible
de distinguer le point culminant de cette crête. Me fiant à
mon infaillible instinct et attiré par un beau couloir neigeux,
je monte à gauche en contournant difficilement un mini-gendarme.
Instinct de mes fesses, le sommet principal était à
droite ! La vue est spectaculaire sur les trois géants tout
proche – Tour Noir, Argentière et Dolent- mais aussi
sur les Dorées, le Petit Darrey, le Valais…
Je redescend mon petit couloir pour rejoindre le vrai sommet cette
fois-ci, où débouche la belle arête Nord Ouest
du versant Saleina. Une courte pause et il faut descendre. La neige
est déjà bien transformée. C'est l'occasion de
tester mes nouvelles raquettes, mes Folly's ayant rendu l'âme
à la Lévanna, la semaine passée. Mais dans cette
soupe l'essai est loin d'être concluant. Au passage, je rend
visite au petit refuge, au prix d'une traversée où j'enfonce
jusqu'aux cuisses. Pas âme qui vive à l'horizon... Un
petit mot pour la postérité et la descente se poursuit.
Après un ultime regard extasié sur le Dolent, je bifurque
à l'Est pour rejoindre la civilisation. A regrets…