Ayant
lâchement abandonné ma petite famille à Niort,
me voilà reparti pour une semaine en solitaire dans l'Ubaye
et le Queyras. Beaucoup de sommets en vue, mais pas de programme définitivement
arrêté. On improvisera. Vive l'aventure !
A tout
seigneur tout honneur, je commence par l'Aiguille
de Chambeyron et sa rébarbative face S. Après quelques
longues heures de route, je démarre tranquillement de Fouillouse,
en pleine chaleur, et lourdement chargé, bivouac oblige.
Pas de panique, j'ai toute la journée devant moi. Après
avoir passé le refuge de Chambeyron, j'arrive au petit lac
de l'Etoile, où je me déleste enfin du duvet et autres
lourdeurs. A l'heure où les derniers randonneurs s'en retournent,
j'aborde l'infernal pierrier menant à la grande vire-couloir
diagonale qui rejoint la Brèche Nérot-Vernet. Tout se
casse la gueule, rien ne tient, du plus petit caillou au plus gros
bloc. L'horreur totale ! Arrivé à la brèche,
une traversée à gauche dans des vires exposées
me permet de rejoindre une trace plus ou moins marquée. Ensuite,
de cairn en cairn, de montée en descente, de vire en vire,
de cailloutis en éboulis, je finis, au prix d'un succession
de grosses frayeurs, par atteindre le sommet. La descente n'est pas
piquée des vers non plus, avec de fausses pistes cairnées
partant tous azimuts et finissant sur des barres. Je rejoins mon bivouac
lessivé et déshydraté. Trouver de l'eau, vite
!
Après
une nuit passée à grelotter - alors que dans la vallée,
les premières victimes de la canicule succombent - je m'apprête
à gagner le Brec, pas vraiment reposé et refroidi par
les émotions de la veille. Après le col, une bonne trace
m'amène, toujours dans la caillasse, au pied des difficultés.
Une grande vire ascendante raye la face. Heureuse surprise, la montée
est facile, jamais exposée. L'itinéraire évident.
Ça change de la veille, même si le rocher est toujours
aussi pourri. Je comprend mieux pourquoi tout le monde porte un casque,
sur les photos des bouquins… L'instant de vérité
arrive enfin : la fissure du sommet. Je la passe à l'intérieur,
pour plus de sécurité. Gros culs s'abstenir… Je
pense avoir fait le plus dur quand se présente une méchante
cheminée, tapissée d'un bouchon de glace et obstruée
par un gros bloc en surplomb. Sportif... Ça finit par passer,
je ne sais pas trop comment.
Le sommet est enfin là. Je n'en profite guère, traumatisé
par ce dernier passage et obsédé par la descente qui
s'annonce. J'aimerais déjà être en bas…
1h et 5 rappels plus tard, c'est chose faite. Je respire. A la Tête
de la Fréma, compe tenu de la petite forme affichée,
je décide de revoir mes ambitions à la baisse pour le
reste de la semaine. Ce qui sera fait, malheureusement. Adieu Toilies,
Taillante, Pelvat, Asti et consorts. Mais je reviendrai...