Pour étrenner mes nouvelles grolles (adieu archaïques
coques plastiques !), le Bishorn, sans grande difficulté technique,
semblait tout indiqué. Compte-tenu de l'orientation O, le départ
de Zinal se fait à l'ombre, en neige dure, jusqu'au Roc de
la Vache que je rejoins directement par la voie d'été.
A cause d'une courte traversée exposée, celle-ci est
totalement délaissée des skieurs, préférant
faire un large détour au S, par le Chiesso. Grand bien leur
fasse... Sous le Roc de la Vache, je retrouve le soleil et les multiples
traces qui zigzaguent dans la large combe menant au col de Tracuit.
Au refuge, j'enfile les traditionnels sabots de caoutchouc avec soulagement.
Le cuir de mes talons a fini (pour un temps) de lutter avec le cuir
des chaussures. Mes talons ont perdu la bataille, mais pas la guerre...
Ma paire de raquettes posée au mur fait désordre, comme
à l'habitude, au milieu des rangées de skis et bâtons
aux couleurs criardes qui ont tôt fait de l'engloutir. La vue
depuis le refuge est des plus grandioses, à cette époque
de l'année. La silouhette altière du Zinalrothorn s'impose
de plus en plus comme un objectif futur incontournable. Le gardien
du refuge, sympa, me taille un brin de causette. Les skieurs, fidèles
à eux-mêmes, me snobent ostensiblement…
Le lendemain,
je ne me presse pas, hésitant à prendre la tête
sur un glacier qui pourrait receler certains pièges. Mais face
à l'inertie de mes amis skieurs, je finis par démarrer.
J'atteins sans problème, dans des pentes débonnaires
à peine parsemées d'une ou deux petites crevasses aux
trois-quarts bouchées, le petit col entre la Pointe Burnaby
et le sommet. Dans la dernière pente, en glace vive, les crampons
s'imposent. Au sommet, c'est l'extase. La fantastique arête
N du Weisshorn, masquée tout au long de la montée, me
saute à la figure. Contemplation… Un skieur (lillois!)
finit par me rejoindre et insiste pour me prendre en photo, croyant
me faire plaisir. La plupart de ses semblables, rebutés par
le passage en glace, resteront en contrebas, se privant ainsi de la
vue sur le Weisshorn qui est le principal attrait de cette course.
Il faudra qu'on m'explique, un jour… A regret, j'entame la descente.
Pour tenter de prolonger cette belle journée, je redescend
au S du Roc de la Vache, dans de grandes pentes boisées, en
poudreuse, pénétrant profondément dans le beau
vallon du Mountet, qui pourrait bien être, à l'avenir,
le théâtre d'autres aventures. A étudier…