En cette année 95 qui vit tant de succès, nous programmions
notre première sortie en Suisse, à la rencontre des
mythiques géants valaisans. Au menu, le Dom des Mischabel,
agréable mise en jambe de plus de 3000m de dénivelé,
suivi de la Pointe Dufour et du Cervin. Une bon début...
La montée
au refuge du Dom est longue mais agréable. Dans un court passage
rocheux, un jeune bouquetin nous nargue, en équilibre sur un
gratton. Puis c'est le premier contact avec un refuge suisse. Propreté,
ordre, confort, discipline…
Le lendemain, grand beau. Nous partons à la queue leu leu sur
le Festigletscher déjà en glace vive où la trace,
à peine visible de nuit, serpente le long d'impressionnantes
crevasses. Devant nous, un anglais, pesant un peu trop sur un petit
pont de neige, disparaît jusqu'aux épaules. Sa grosse
tête vociférant au niveau du sol provoque risées
et moqueries. La grande solidarité alpine... Nous abordons
le passage rocheux menant au Festijoch derrière la cordée
de tête. Le rocher est pourri. Un gadin nous frôle en
sifflant. A peine le temps de protester et c'est Thierry qui, à
son tour, déloge un gros bloc. Pas de hurlements en dessous.
Ouf ! Ça aurait pu faire du dégat chez les british.
Au-delà du col, la ligne de plus grande pente, encombrée
de gigantesques séracs, se contourne par la gauche. Le lever
de soleil nous surprend à mi-pente bien avant d'atteindre la
très belle croix sommitale. La cordée qui nous précèdait
redescend déjà, nous laissant gentimment profiter du
sommet. Thierry, en petite forme, a envie de gerber et prend la pose
des grands jours, assis la tête entre les jambes. Je le nargue
en m'extasiant sur toutes ces cimes effilées dont j'ignore
encore le nom, à quelques rares exceptions près.
La descente des 3100m de dénivelé vaut son pesant de
cacahuètes. Enfin apparaissent, bienvenus, les premiers chalets
de Randa. Nous y cherchons une poubelle pour nous délester
de quelques menus déchets. En vain ! C'est désormais
prouvé : les Suisses mangent leurs ordures ! La conservation
des sites est sans doute à ce prix. A nous de nous en inspirer.