De
retour de Toulouse et avant de repartir pour le Jura en famille, deux
jours de transition pour refaire les valises… et entretenir
la forme. C'est l'occasion de programmer le Grand Bec, qui me nargue
depuis de trop nombreuses années, et de tester ma forme en
rocher dans une voie raisonnablement délicate – l'arête
O - en vue d'autres expéditions plus ardues (on peut toujours
rêver…)
La montée au refuge du Grand Bec, blotti sous la belle Pointe
de la Vuzelle, est rapide. Au delà, après avoir passé
une première barre, par des gradins herbeux, puis rejoint un
petit névé au pied de la paroi, on tire franchement
à gauche sur de petites vires transversales menant à
l'arête ouest. Un petit pas exposé et acrobatique me
laisse à penser que je me suis écarté de la voie.
Ça passe quand même. J'indique les vires à deux
joyeux turlurons en perdition en pleine paroi, au dessus du névé.
Ils ne lisent donc pas les topos, ces gens-là ?
L'arête
se redresse peu à peu tout en devenant plus effilée.
Néanmoins, les rares passages exposés peuvent se contourner
sur des vires caillouteuses, en versant S. Concentré sur ma
recherche d'itinéraire, je m'aperçois avec surprise
que le sommet est déjà là. Pas un chat à
l'horizon. Plus de nouvelles de mes deux touristes. Le glacier de
Troquairou est méchamment ouvert, canicule oblige. La traversée
me tend les bras, maintenant. Le plus dur étant derrière
moi, paraît-il.
Après un court passage en neige, c'est le retour du rocher.
L'arête, quasi horizontale mais sérieusement déchiquetée,
oblige à de fréquents détours en face NE, et
à multiplier les montées et les descentes, qui usent
les cuisses. Le rocher est bon, les prises franches, les difficultés
soutenues. En fin de parcours, un petit aller-retour au Vallonnet
s'impose. Je m'y remémore mon dernier passage avec Thierry
en mai 98, dans une neige profonde. Petit casse croûte et c'est
la plongée sur le petit glacier de la Vuzelle, déjà
réduit à sa portion congrue. Un dernier petit couloir
raide et la boucle est bouclée, de belle manière. J'en
connais un qui va être furax…
Je rejoins, le temps d'une photo, les hardes de bipèdes bruyants
qui peuplent les abords du refuge. Que c'était bon la solitude
!