Une
fois encore, pour "optimiser" la journée consacrée
à la montée au refuge, nous avions prévu d'en
rajouter une couche. La couche en question sera cette fois-ci la Pointe
du Vallonnet qui se révèlera plus attractive qu'il
n'y paraissait sur le papier. La très raide remontée
du glacier de la Patinoire, débouchant sur les corniches du
col des Volnets et la sublime arête E, suspendue en plein ciel,
auraient justifié à eux seuls le déplacement.
Puis
vint le grand jour. Plus encore que la Barre des Ecrins ou d'autres
sommets, qui se sont imposés à nous sur le tard, la
Grande Casse a été pendant longtemps notre objectif
phare. Lorsque nous aurions enfin le niveau pour franchir les fameux
300 m à 45° du glacier des Grands Couloirs, beaucoup de
sommets devaient nous devenir accessibles. Nous pourrions enfin passer
dans la cour des grands. Ou des moyens, à tout le moins…
Mais
aujourd'hui nous sommes bien conscients d'avoir déjà
dépassé ce niveau technique que nous imaginions, il
y a quelques années, comme un but ultime. A force d'ingurgiter
de la pente raide, il ne pouvait en être autrement. Et ce glacier
qui nous terrifiait à l'époque, nous paraît maintenant
bien débonnaire. Les excellentes conditions de neige ajoutent
encore à la facilité. En glace, ça doit être
différent… Une belle panne de cuisses, due aux efforts
de la veille et à un début de saison laborieux, ralentit
quand même mes ardeurs. Mais il faudrait bien plus aujourd'hui
pour nous interdire le sommet. Au passage nous nous rappelons notre
dernière tentative, en juin 95, qui s'était soldée
par un abandon, dans la tourmente, à hauteur du col des Grands
Couloirs. S'en était suivie une descente mémorable sous
les rafales de grésil où j'avais frisé l'hypothermie.
Que de joyeux souvenirs !.. C'était avant l'ère bénie
du gore tex.
Mais
ça y est, la page Grande Casse est définitivement tournée…
et ça ne date pas d'aujourd'hui. Au programme désormais,
les itinéraires de la face N. Pourquoi pas la petite face N,
en attendant mieux…