Quelle
divine surprise que cette Glière ! De celles qui marquent une
carrière de randonneur. Délicate à souhait, juste
ce qu'il faut. Chamois et bouquetins à foison, émotions
gazeuses, bon rocher, vue splendide et petite madone pour couronner
le tout. Que de bons souvenirs…
Après
une agréable marche d'approche menant à la cabane des
gardes puis à la Séchette, je vise le grand couloir
pierreux du petit col des Schistes, encombré de placides bouquetins.
Au col, j'attaque la belle arête N qui rejoint le glacier. Petit
câble, arête aèrienne, bon rocher… ça
met déjà dans l'ambiance. Au glacier, la formidable
étrave de l'éperon SE me saute à la figure. "Ça
ne passe pas là-dedans, quand même ?" Sur la droite,
la Petite Glière paraît tout aussi inaccessible. On verra
bien…
Finalement,
de vires en gradins, de tâtonnements en tâtonnements,
je m'élève peu à peu dans cet éperon qui
ne se révèle pas si vertical que ça. L'attention
est accaparée par la constante recherche d'itinéraire.
Chaque cairn transforme une hésitation en certitude et me pousse
vers l'avant. Dans le haut, ça se redresse. La voie tire alors
sensiblement à gauche, dans la face S. Un pas expo, délicat
à redescendre face au vide, suivi d'un beau petit dièdre...
Quelques mètres encore et on débouche sur une plateforme
où trône une petite vierge dorée. Un dernier petit
mur de 3m, où la corde sera bien utile à la descente,
et voilà le sommet. Je peux enfin reporter mon attention sur
le panorama. Jubilatoire. Puis c'est la descente, aussi exigeante
que la montée. Restons concentré…
De retour au col de la Glière, je tire sur le petit glacier
S, raide à souhait. En bas, de grandes chaînes permettent
d'éviter le front du glacier, dans une belle zone de dalles.
Quel panard, cette Glière ! Il faudrait que Thierry voit ça.
Ce sera chose faite, l'année suivante.