La
Grande Motte, sommet ravagé, mutilé, perdu à
jamais pour le randonneur, sacrifié sur l'autel du ski de masse
à quelques citadins embourgeoisés, frimeurs et arrogants,
complices inconscients de promoteurs véreux et d'élus
corrompus aux ordres de grands groupes financiers, chercheur d'or
blanc. Jouissez, pauvres ploucs Savoyards, de l'insigne honneur d'accueillir
sur vos terres la plus grande concentration au monde d'équipements
de "sports" d'hiver! Qui se soucierait donc qu'en contrepartie
quelques gros tas de cailloux comme cette Grande Motte puissent en
souffrir. Ou quelques randonneurs pouilleux...
Mais attendez voir... La bête n'est pas morte. Elle respire
encore, là-bas, en face Nord ! Allons donc voir ça de
plus près…
De Val Claret, pittoresque petit hameau de Tignes, à peine
défiguré par quelques mégatonnes de ferrailles
diverses, je prend la direction du Dôme de Pramecou, 1ère
étape du pèlerinage. Le fond du vallon est miraculeusement
vierge de tout équipement. Au Dôme, la vue est saisissante
sur la Grande Motte et la Grande Casse, offrant leurs deux magnifiques
faces N aux yeux aveugles des premiers zombies dévalant les
pistes. Confiture donnée aux cochons ! Je rejoins le glacier
en évitant soigneusement les cochons en question.
Puis c'est le passage en face N. Les remonte-pentes ne sont plus visibles.
On les oublie déjà, c'était un mauvais rêve...
Pour commencer, je joue à saute-crevasses pour accéder
au bas de la face, dans cette glace croustillante de fin de saison.
Il faut ensuite tirer à flanc, en traversant la face N vers
l'Ouest. Là, je m'amuse déjà beaucoup moins.
Mes pointes émoussées ne font que caresser cette grande pente
vitrifiée, d'allure pourtant bien anodine. A ma droite, le
grand toboggan glacé se termine par la barre de 300m qui domine
le Rosolin. Un joli saut en perspective…
Sous l'éperon rocheux, ça y est, je peux enfin en terminer
avec cette traversée horizontale pour attaquer la montée,
pleine pente. Les appuis sont tout de suite beaucoup plus surs même
si la glace est toujours là. L'éperon rocheux se contourne
par la droite, ce qui offre de belles perspectives sur la Grande Casse.
Son couloir des Italiens et sa petite face Nord ont pris leur sale
gueule de fin d'été. La pente s'atténue. Vers
le haut, une dernière belle rimaye se franchit par la gauche,
toujours dans la glace. Au-delà, on rejoint la calotte sommitale
et la méga-trace des quelques "courageux" (il y en
a) qui gagnent le sommet depuis l'arrivée du téléphérique.
250m de dénivelé quand même, saluons l'exploit.
Mon calvaire aura lieu, pour une fois, à la descente, le long
des pistes. Le contrast est violent avec l'ambiance sauvage de la
montée. Je tente en vain de faire abstraction des omniprésentes
pollutions visuelles et sonores qui sont autant d'injures à
la montagne. Certaines d'entre elles me frôlent d'un air agressif
ou méprisant. Le message est clair, le piéton que je
suis n'est pas le bienvenu. Mais nom de Dieu qui est l'intrus ici
?