Il faut croire que le Mont Pourri, si prestigieux soit-il, ne nous
semblait pas, en deux jours, un objectif suffisant. Nous avions donc
prévu un petit échauffement : la Pointe
de Bazel. Une course dont le seul intérêt restera
bien celui de l' "échauffement", puisque le jour
blanc et un vent violent nous accompagneront du col de Rhêmes-Calabre
jusqu'au sommet. Une fois de plus, un grand merci à l'altimètre…
Après un bref trajet en voiture, il faut se rééquiper
et charger les sacs, en prévision de la nuit au refuge de Turia,
que je connaîs bien pour y avoir déjà vécu
de grands moments de froide solitude, au cœur de l'hiver. Après
les efforts de la matinée, courbés sous le poids du
sac, nous montons à l'économie, autant que faire se
peut, histoire de conserver un minimum de cuisses pour le lendemain.
Le refuge, et son petit poële à bois, se présente
comme un havre de paix, après plus de 2200m de dénivelé
cumulé.
Le lendemain, le beau temps semble s'installer malgré un léger
voile d'altitude. Le haut du glacier du Grand Col est plus ouvert
que lors de mon dernier passage, deux ans plus tôt. Avec de
bien médiocres conditions de gel, je m'étais lancé
seul dans cet itinéraire, où je n'aurais raisonnablement
jamais dû m'aventurer, pour finalement abandonner au coeur de
la grande zone de crevasses avant l'épaule, tout près
du sommet. Grosse frustration… Je m'étais alors promis
de revenir. C'est aujourd'hui chose faite. Et cette fois, toutes les
conditions sont réunies pour un succés, malgré
la fatigue de la veille qui commence à se faire sentir.
Du col des Roches, nous rejoignons le glacier du Geay par un court
passage rocheux câblé. Après une longue traversée,
nous abordons ensuite le grand chaos de crevasses dont nous sortons
au prix d'un slalom jubilatoire. Une dernière pente sur l'épaule
nous conduit au sommet. Le panorama qui nous est offert et la vue
plongeante sur le barrage de Tignes et son géant, valaient
bien quelques efforts.
Lors de la descente, la météo qui se dégrade
nous offre une bonne excuse pour rentrer alors que nous avions prévu
d'enchaîner, le lendemain, sur le Dôme de la Sache. Point
trop n'en faut, tout de même. Prochaine étape, la belle
traversée Sache-Pourri...