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DESTIVELLISATION
Il me revient en mémoire un congrès auquel j’avais assisté à Chambéry, organisé par le TCAM (les Touristes Chambériens Amis de la Montagne). Y participaient à l’époque, entre autres guest stars de l’alpinisme hexagonal, la regrettée Chantal Mauduit, régionale de l’étape, et notre amie Catherine Destivelle, qui restait, pour les indécrottables ploucs savoyards que nous étions et malgré toutes ses grandes réalisations, une parisienne transplantée et, partant, jouissait d’un capital sympathie plus ténu.
Chantal, rayonnante comme à son habitude, nous parlait de son amour de la montagne, de son univers, des rencontres que ses expéditions rendaient possibles, contacts humains, recherche de soi à travers l’autre, ouverture d’esprit, valeurs morales… Les longues marches d’approche himalayennes loin d'être subies étaient recherchées, sources de partage, d’échanges et parfois d’introspection… Le terme d’immersion revenait souvent dans la conversation et résumait le but recherché : être en montagne, simplement, et y vivre des émotions partagées, notamment avec les populations locales. La montagne devenait un vecteur d'échanges, et non plus une fin en soi…
Catherine n’avait pas peur de s’afficher différente. Plus prosaïque, elle reconnaissait volontiers que les marches d’approche n’étaient pas sa tasse de thé et qu’elle ne trouvait réellement de plaisir qu’au pied des difficultés techniques auxquelles elle aimait se confronter. Une dimension de lutte, de compétition, un rapport de forces qui à l’époque m’apparaissait en décalage total avec l’ "esprit montagne" qui m'animait. Deux conceptions, deux approches opposées d'une même activité. Yin et yang, guerre et paix…
Mais depuis quelques années, voilà que le subtil équilibre entre mon yin et mon yang tend à s'inverser, insidieusement. De plus en plus de mal à trouver des courses qui me motivent, me donnent envie de me lever à l’heure où d’autres regagnent leurs pénates. Marre de ces heures de route, de ces marches d'approche qui auparavant suffisaient à mon bonheur. Marre de la sur fréquentation de certains secteurs, qui restreint chaque jour un peu plus mon espace de liberté. Marre de cette nouvelle génération de e-montagnards, emplis de certitudes et dénués d'imagination. Marre des dérives sécuritaires d’une société frileuse et donneuse de leçons. Besoin plus que jamais d'engagement, d’autonomie, de nouveaux horizons mais également - et c'est nouveau - de pentes raides, de prises de risques, de décharges d'adrénaline. Le plaisir d'être en montagne, de jouir des panoramas, le goût de l'effort sain, moteurs nécessaires et autrefois suffisants ne le sont plus forcément aujourd'hui. Evolution logique due à l’âge et l’expérience ou simple passade ? Crise de la quarantaine ou début de... destivellisation ? L'avenir seul le dira.
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