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LE SKI : DES PENTES RAVAGEES, DES SOMMETS VIERGES...
Combien ai-je foulé de sommets vierges de toutes traces alors qu'à quelques minutes à peine s'accumulaient les traces de skieurs restés sur une épaule, un col ou en haut d'un couloir ? C'est le cas aujourd'hui au Pic du Vaccivier comme ça le fut en de multiples autres occasions (Grande Aiguille de la Bérarde, Bec de l'Homme, Mont Turia, Roche Faurio, Lée Blanche, Rocher de Vallorin, Pic de la Moulinière, Rognolet, Aiguille d'Olle, etc, etc, etc...). A chaque fois, de tels comportements me laissèrent perplexe. Abandonner si près du but, alors que le plus dur était fait. A la lumière de quelques années d'expérience, j'y vois aujourd'hui plusieurs explications simples :1 - Le skieur n'est pas toujours suffisamment équipé :
Le skieur peut, par souci de légèreté (puisqu'il est déjà souvent contraint de devoir porter ses skis sur le bas des itinéraires, en plus des pesantes futilités habituelles pelle-sonde-arva-portable-GPS-airbag-fuséededétresse-manueldesurvieenmilieuhostile-etc-etc...), ne pas être muni des indispensables (pour le coup !) crampons-piolets (voire plus si difficulté) nécessaires à la poursuite dans des portions mixtes ou des arêtes parfois délicates et verglacées,
2 - Le skieur n'est pas toujours suffisamment rapide :
Il pourra également prétexter un dépassement horaire le contraignant, pour profiter d'une neige encore skiable ou s'affranchir d'éventuels risques de coulées, à un retour précipité (excuse bien pratique, très fréquemment utilisée puisque transformant, aux yeux du profane (mais notre conscience saura ce qu'il en est), un échec cuisant, dû à un départ trop tardif ou une montée trop lente, en une sage décision de repli),
3 - Enfin, le skieur n'est pas forcément attiré par le sommet :
Et c'est sans doute la raison principale, qui sous-tend d'ailleurs les deux précédentes. Le marcheur, qu'il soit randonneur ou alpiniste, a l'esprit montagnard et en conserve les valeurs : une certaine sacralisation de la montagne, de la notion de "sommet", le goût des efforts sains qu'elle procure quand bien même ils confineraient à la grosse bavante, le plaisir d'atteindre une position dominante, de jouir d'un panorama, la recherche d'engagement, la quête introspective, une humilité naturelle... Souvent raquetteur par obligation, il préférera évoluer à pieds secs sur du rocher, ou en crampons sur une neige dure ou glacée. A l'inverse, le skieur de rando est souvent skieur avant tout. Il ne voit en la montagne qu'un terrain de jeux, une succession de pentes à marquer de sa trace, dans de grandes gerbes de poudreuse. Une approche plus fun, plus ludique, en témoignent les contenus des nombreux sites internet dédiés à la spécialité, ou l'attrait pour son côté free ride, qui lui procure une dimension "mode" émigrée des stations en total décalage avec l'univers de la montagne, immuable et intemporel. Souvent d'ailleurs le skieur de rando ne parcourt guère la montagne l'été, ou alors en tant que grimpeur puisqu'on retrouve nombre de valeurs communes dans l'escalade : plaisir optimisé (en minimisant les marches d'approche et temps de portage vécus comme inutiles voire désagréables), dimension esthétique exacerbée (goût du beau geste, de la belle voie ou de la belle trace - l'homme, skieur ou grimpeur, volant la vedette sur les clichés au milieu dans lequel il évolue), redéfinition des objectifs (la voie ou la pente, qui pour le montagnard est le moyen d'accéder à son but, devient dans ces disciplines un but en soi)...
Ainsi bien souvent, le skieur se contentera d'un point élevé lui permettant l'accès le plus intéressant à la pente visée, fut-il dominé par un sommet plus ou moins aisément accessible. La décision de poursuivre ou non plus avant est souvent conditionnée par la nécessité ou non de déchausser. Le skieur se trouverait alors rabaissé au rang du marcheur lambda, humiliation suprême, et devrait se fendre d'un honteux NIS (itinéraire Non Intégralement Skié) dans le relevé de sa course, qui lui vaudrait les railleries de ses congénères internautes. Ainsi, si l'objectif premier du marcheur est d'atteindre le sommet, celui du skieur, puisque son plaisir passe avant tout par la glisse, est de réaliser une descente intégralement skiée, fut-ce d'ailleurs au prix de pitoyables acrobaties dans des pas mixtes, glacés ou encombrés de végétation. Mais là, on touche à l'intégrisme, comme dans la pratique du ski extrême, succession de sauts et dérapages qui n'ont bien souvent de ski que le nom...
Deux approches souvent antagonistes qui expliqueront que nombre de sommets, qui semblent pourtant être le but naturel de grandes classiques hivernales, ne recevront que très peu de visites chaque saison (l'Aiguille des Glaciers en est un exemple parfait).
Et tout bien considéré, si j'en reste toujours aussi surpris, ce n'est pas moi qui m'en plaindrais.
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